Dites à Moundiaye Cissé qu’il ne représente pas le peuple…!(par Mamadou Seck)

Dans les rues de Dakar comme dans les recoins les plus reculés du Sénégal, une phrase circule de plus en plus fort : « Moundiaye Cissé ne parle pas au nom du peuple ». Directeur exécutif de l’ONG 3D, figure récurrente des plateaux de télévision et porte-parole autoproclamé d’une certaine « société civile », l’homme est devenu, pour beaucoup de Sénégalais, le symbole d’une élite qui confisque la parole populaire au profit de ses propres agendas.
Hier encore, lors de la concertation nationale sur les réformes du code électoral, Moundiaye Cissé s’est exprimé au nom du collectif des organisations de la société civile. Il a plaidé, avec son ton habituel de donneur de leçons, pour « le respect du dialogue » et dénoncé toute modification unilatérale des articles L29 et L30. Belle posture. Mais qui lui a donné mandat pour parler au nom des millions de Sénégalais qui galèrent quotidiennement, entre inflation, chômage des jeunes et difficultés d’accès aux services de base ?
Le peuple sénégalais n’a pas élu Moundiaye Cissé. Il n’a pas voté pour lui lors de la présidentielle de mars 2024. Il ne l’a pas choisi comme député, ni comme ministre. Pourtant, depuis des années, on le voit partout : dans les forums internationaux, sur les chaînes de télévision, dans les concertations « inclusives » où se retrouvent toujours les mêmes têtes. L’ONG 3D, qu’il dirige, est devenue une sorte de label de légitimité morale. Mais derrière les discours ronflants sur la démocratie, les droits humains et la transparence, beaucoup se demandent : qui finance ces organisations ? À qui rendent-elles vraiment des comptes ?
Certains n’hésitent plus à le qualifier de « caïman du système ». Nommé ou reconduit dans des structures comme l’ARCOP sous différents régimes, Moundiaye Cissé semble traverser les alternances politiques sans jamais vraiment déranger les puissants. Hier sous Macky Sall, aujourd’hui sous Bassirou Diomaye Faye, il conserve une place de choix dans le jeu politico-médiatique. Curieuse constance pour un homme qui se présente comme la voix indépendante de la société civile.
Le vrai peuple, lui, est ailleurs. Il est dans les marchés où les prix flambent, dans les banlieues où les jeunes cherchent désespérément un emploi, dans les villages où l’on attend encore l’eau courante et l’électricité stable. Ce peuple-là n’a pas besoin de porte-parole autoproclamés qui parlent au nom de « la démocratie » tout en vivant confortablement à Dakar. Il veut des résultats concrets, pas des déclarations bien senties sur le « dialogue approfondi ».
Moundiaye Cissé a le droit, comme tout citoyen, d’exprimer son opinion. Il a même le droit de se croire indispensable. Mais qu’on arrête de lui prêter la légitimité du peuple sénégalais. Le peuple a parlé en 2024. Il a choisi un duo et un projet de rupture. Il n’a pas choisi un éternel consultant de la « société civile » qui survit à tous les régimes en dispensant des leçons de morale électorale.
Dites-le lui clairement : Moundiaye, tu ne représentes pas le peuple. Tu représentes une ONG, un réseau, peut-être même un certain milieu dakarois friand de conférences et de positions internationales. Mais le Sénégal profond, celui qui souffre et qui espère, celui qui a porté le changement, ne t’a pas mandaté.
Il est temps que la société civile arrête de se prendre pour le peuple. Le peuple a une voix. Elle s’exprime dans les urnes, dans la rue quand il le faut, et surtout dans sa vie quotidienne. Pas dans les salons feutrés des concertations nationales où l’on débat du code électoral pendant que les prix du riz et de l’huile continuent d’asphyxier les familles.
Le peuple sénégalais mérite mieux que des porte-parole autoproclamés. Il mérite la vérité, la transparence et des dirigeants qui agissent, pas des commentateurs professionnels de la démocratie.
Et à Moundiaye Cissé, on le répète une dernière fois, avec tout le respect dû à un citoyen : Tu ne parles pas en notre nom. Le peuple se passe très bien de tes bons offices.

source/Sanslimitesn.com