L’entrepreneur Cheikh Guéye et son marabout Hady Sy ont comparu, ce vendredi, devant le tribunal des flagrants délits de Dakar. Les prévenus sont poursuivis pour association de malfaiteurs et corruption. La défense voulait renvoyer le procès, mais le procureur de la République s’y est opposé fermement.
Substitué par l’un de ses confrères, Me Souleymane Soumaré, conseil de Cheikh Guéye, avait sollicité le renvoi. Le tribunal a requis l’avis du parquet qui a déclaré : « Le parquet s’oppose fermement au renvoi. Tous les avocats étaient là dès le début. Donc, ils sont en état pour plaider l’affaire », estime le ministère public. Me Abdourahmane So, qui défend aussi Cheikh Guéye, a ajouté : « Je ne suis pas encore en état pour plaider l’affaire ». Le procureur de la République a campé sur sa position. Me So a répliqué : « Je ne peux pas plaider l’affaire sans mes honoraires. C’est mon droit », a martelé la robe noire. Après concertation avec ses assesseurs, le juge a finalement décidé de retenir l’affaire.
Évoquée, la défense a demandé la comparution du juge du deuxième cabinet. Le juge leur a demandé de se limiter à l’exploitation des éléments du dossier. Interrogé, Hady Sy, maître coranique domicilié à Tivaouane, a contesté les faits qui lui sont reprochés. Cheikh Guéye, chef d’entreprise domicilié à Yoff, a aussi nié avoir corrompu le magistrat.
Hady Sy s’est expliqué : « Cheikh Guéye est mon disciple. Je le soutiens depuis son arrestation. Comme c’est un homme d’affaires, j’ai eu l’idée d’initier des démarches pour faire enlever le bracelet électronique », avance le marabout avant de poursuivre : « Je suis allé à la rencontre du juge du 2e cabinet le 7 avril dernier. Je lui ai dit que Cheikh a du travail à l’étranger, d’accorder une autorisation de sortie du territoire en enlevant le bracelet. Le juge m’a demandé de dire à son avocat de formuler une demande officielle. Je lui ai dit que j’allais revenir avec Cheikh Guéye. Le 13 avril passé, on y est allés ensemble. Il nous a reçus vers 19 h. On a discuté. Cheikh lui a montré son marché d’engrais. Il a même apprécié, disant que c’est dans l’intérêt du Sénégal », raconte le prévenu. Il ajoute : « On a quitté le bureau vers 21 h. On a laissé sur la table un cadeau de 10 millions que j’ai conseillé à Cheikh, parce que j’ai constaté que le juge est un homme bien », dit Hady Sy.
De son côté, Cheikh Guéye déclare : « C’est de façon volontaire. C’est Hady qui a voulu rencontrer le juge. Quand on l’a rencontré, le juge m’a signifié qu’il peut enlever le bracelet. C’est de ses prérogatives. Mais il a constaté que la date d’application remonte au 4 juin dernier. Donc très prochainement, ça va être enlevé. Il m’a demandé que mon avocat fasse une demande en produisant le billet d’avion », soutient Cheikh Guéye. Il enchaîne : « Hady m’a dit qu’il faut qu’on lui offre un cadeau. Je lui ai dit que je ne peux pas offrir un cadeau à quelqu’un que je ne connais pas. Il m’a dit de lui donner 10 millions. C’est ainsi que j’ai pris la somme que j’ai remise à Hady, qui l’a gardée dans son sac. Après notre rencontre avec le juge, Hady a posé l’argent qu’on avait mis dans une enveloppe et un classeur. Il lui a dit que c’était un cadeau de 10 millions. On est partis vers 21 h. Aux environs de 22 h 30, le juge m’a appelé à 4 reprises. Comme je ne connaissais pas son numéro, j’ai répondu. C’est ainsi que Hady m’a appelé pour me dire de rappeler. Je l’ai rappelé. Il m’a dit : “Monsieur Guéye, je croyais que votre cadeau était une montre. Comme c’est de l’argent, je ne peux pas l’accepter compte tenu de la situation de notre parquet.” Il m’a dit de venir le reprendre. Je lui ai dit de le remettre à Hady, comme c’est lui qui avait remis l’enveloppe. Il m’a demandé de venir moi-même. Je suis parti le récupérer le lendemain. C’est le jeudi qu’on nous a convoqués à la gendarmerie », a-t-il retracé, précisant qu’il n’avait pas l’intention de corrompre le juge.
Le juge lui a demandé pourquoi il n’a pas sollicité ses avocats pour écrire au juge pour la mainlevée du bracelet électronique. Cheikh Guéye affirme : « Mes avocats avaient formulé une demande, mais le juge n’avait pas répondu ».
« Ils ont insulté la justice… »
Dans son réquisitoire, le représentant du ministère public est d’avis que le duo avait décidé de se présenter devant un juge pour l’acheter. Le procureur Ka a rappelé que Cheikh Guéye est sous surveillance électronique. Pour solliciter la mainlevée du bracelet, il n’est pas passé par le biais de ses avocats. Il a fait appel à son marabout. Le juge leur a indiqué la voie légale. En partant, ils ont laissé la somme de 10 millions sur la table. Pour le parquet, même si c’est un cadeau, l’acte de corruption est consommé. Le maître des poursuites estime que la corruption est un phénomène qui gangrène la société, mais aussi que Cheikh Guéye et son marabout ont insulté la justice. Il a demandé au tribunal de retenir la culpabilité des prévenus. Il a requis une peine de 2 ans ferme et une amende de 500 000 FCFA pour chacun.
La défense plaide la relaxe
Me Abdou Aziz Diop, pour le compte de Cheikh Guéye, déclare qu’il n’avait pas une intention nourrie de corrompre le juge. Le parquet a agi dans la confusion. Me Diop a sollicité la relaxe au bénéfice du doute. Dans sa plaidoirie, Me Souleymane Soumaré dit que le juge devrait être entendu dans la procédure, son client Cheikh Guéye contestant l’accusation de corruption. Pour Me Soumaré, ce n’est pas logique que le prévenu corrompe le juge parce que son bracelet expire dans moins de deux mois. Il a plaidé la relaxe pure et simple.
À son tour, Me Abdourahmane So a évoqué les dispositions de l’article 414 du Code de procédure pénale pour plaider la relaxe. Me Baba Diop et Me Aliou Souaré, pour le compte de Hady Sy, ont demandé au juge d’écarter l’association de malfaiteurs, car il n’avait pas l’intention de corrompre. Et l’accusation n’a pas apporté les preuves, puisqu’on n’a pas la version du juge. Pour Me Souaré, l’infraction est douteuse.
Le tribunal va rendre son jugement après la pause.














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