Réintégration de Ousmane Sonko : « On ne joue pas avec… »

Le leader de Pastef, Ousmane Sonko, récemment limogé de la Primature au profit d’Al Amine Lô, a engagé un bras de fer inédit avec le président Bassirou Diomaye Faye. En cherchant à récupérer son siège de député pour viser le perchoir, il ouvre une crise politique majeure, l’Assemblée nationale devenant le théâtre d’une rupture désormais assumée au sommet de l’État. Tout s’est accéléré le dimanche 24 mai 2026 avec la démission d’El Malick Ndiaye de la présidence de l’Institution, ouvrant la voie à une réintégration et à une candidature de l’ex-Premier ministre dans un contexte de recomposition express.

Cependant, cette mécanique institutionnelle suscite de vives contestations juridiques. Interrogé par L’Observateur sur la régularité de la procédure, le député non-inscrit Tafsir Thioye se montre catégorique en dénonçant plusieurs irrégularités substantielles. Selon lui, la conférence des présidents convoquée en amont serait « de facto, devenue caduque du fait même de cette démission », rendant nécessaire une nouvelle convocation par le premier vice-président. Il relève également un vice de procédure lié à la tenue de ces réunions un jour férié et en l’absence du représentant des députés non-inscrits.

Pour l’ancien parlementaire Alioune Souaré, cité par la même source, l’ex-chef du gouvernement ne peut plus siéger, estimant que « les textes n’indiquent nulle part une demande de suspension de mandat ». Il rappelle que sa démission a été actée dès décembre 2024 et que la nouvelle loi organique adoptée en août 2025 pour encadrer le retour des ministres ne peut s’appliquer en raison du principe de non-rétroactivité. Cette analyse est partagée par Moussa Tine, président de l’alliance démocratique Pencoo, qui affirme qu’« aucun texte à cette date ne parlait d’une suspension de mandat parlementaire ». Il met également en garde contre un risque de cumul des fonctions, rappelant que Ousmane Sonko assure encore les affaires courantes à la Primature. Selon l’interlocuteur du quotidien du Groupe futurs médias (Gfm), une installation immédiate au perchoir constituerait une violation du principe de séparation des pouvoirs, l’ancien député martelant qu’« on ne joue pas avec l’État, on ne se joue pas de la République ».

Face à ces critiques, la défense de Pastef oppose une lecture radicalement différente. L’avocat Me Demba Ciré Bathily soutient que son client n’a jamais démissionné de son mandat parlementaire mais qu’il l’avait simplement suspendu en raison de ses fonctions gouvernementales. Selon lui, la fin officielle de ses fonctions de Premier ministre entraîne automatiquement la fin de cette suspension, lui permettant juridiquement de retrouver son siège. La balle est désormais dans le camp du Bureau de l’Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel, dont l’arbitrage pourrait faire jurisprudence, glisse le titre de Gfm.

Auteur: Senewebnews-RP