Les récentes restrictions imposées par plusieurs pays africains aux droits des personnes LGBT+ avaient suscité de vives critiques. La réaction internationale a toutefois été beaucoup plus feutrée lorsque le Sénégal a durci sa législation réprimant les relations homosexuelles.
Ce pays majoritairement musulman a voté mi-mars une loi doublant les peines réprimant les relations homosexuelles, punies désormais de cinq à dix ans de prison, dans un contexte marqué par une vague d’homophobie dans le pays et une série d’arrestations de personnes pour homosexualité présumée. Cette nouvelle législation prévoit également une peine de trois à sept ans de prison pour les personnes reconnues coupables d’avoir encouragé ou financé des relations entre personnes du même sexe.
Le texte a été promulgué cette semaine par le président Bassirou Diomaye Faye, malgré l’appel du Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits humains à ne pas signer cette loi qui « bafoue », selon lui, les droits humains, en plus de l’appel de l’ONUSIDA. Rare prise de position politique internationale, une ministre wallonne a remis en cause le financement des projets liés au climat dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, provoquant l’ire des dirigeants sénégalais.
Hormis ces réactions, les appels à l’action de la part des acteurs internationaux se sont faits rares. Si quelques ONG de défense des personnes LGBT+ se sont émues du durcissement de la loi, les grandes organisations de défense des droits de l’homme sont restées silencieuses. « La réaction au niveau des gouvernements a été remarquablement feutrée », indique à l’AFP Arlana Shikongo, chargée de communication à l’ILGA-Afrique, la branche africaine de l’Association internationale des personnes LGBT+.
Réticence
Selon les experts consultés par l’AFP, divers facteurs peuvent expliquer cette situation : le retrait des États-Unis en tant qu’acteur humanitaire majeur, la réticence de la part de l’Occident, y compris de l’ancienne puissance coloniale française, de renvoyer l’image d’un donneur de leçons à l’endroit du Sénégal, considéré comme une démocratie relativement stable et un partenaire essentiel.
Le vote du texte le 11 mars avait donné lieu à des débats tendus entre députés de la majorité et ceux de l’opposition, notamment sur la question de savoir si le projet de loi était suffisamment dur ou non, avant d’être adopté à une écrasante majorité. La vidéo d’une députée déclarant depuis la tribune de l’Assemblée nationale « que les homosexuels ne respireront plus dans ce pays » avait fait le tour d’Internet.
Les relations entre personnes du même sexe sont considérées comme une déviance au Sénégal et le durcissement de sa répression est une promesse de longue date du camp au pouvoir, porteuse politiquement dans ce pays. L’homosexualité est aussi souvent dénoncée comme étant un instrument employé par les Occidentaux pour imposer des valeurs prétendument étrangères à la culture locale.
« Souveraineté »
Selon Ari Shaw, chercheur principal au Williams Institute, un centre de recherche américain spécialisé dans les questions LGBT+, « chaque fois que des lois ou des politiques sont adoptées qui portent atteinte aux droits des personnes LGBTQ, cela mérite l’attention du monde entier ». « Les États-Unis ont toujours été l’un des principaux moteurs de la pression diplomatique en faveur des droits des personnes LGBTQ à l’échelle mondiale », mais aujourd’hui, sous l’administration du président Donald Trump, « on assiste à un véritable vide en matière de leadership mondial sur ces questions », relève-t-il.
« L’Europe occidentale, et en particulier la France et l’Espagne, pour qui les relations avec le Sénégal constituent une priorité majeure, ne souhaitent pas s’exprimer sur le sujet », selon Paul Melly, chercheur associé au programme Afrique du groupe de réflexion sur les affaires internationales Chatham House.
Toutefois, certaines réactions à l’étranger ont déplu au Sénégal. Cécile Neven, la ministre wallonne, s’est attirée les foudres du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, qui avait lui-même présenté le projet de loi au Parlement. « Qu’ils reprennent leurs financements et qu’ils nous laissent avec notre pays », a rétorqué M. Sonko dans une déclaration à des médias locaux, ajoutant que « la souveraineté a un prix ».
Selon M. Melly, la réaction relativement modérée à l’étranger pourrait également s’expliquer par le fait que la loi ne fait que doubler « la peine d’emprisonnement théorique pour un acte qui était déjà punissable ». Lorsque la loi ougandaise contre l’homosexualité est entrée en vigueur en mai 2023, elle a été considérée comme l’une des plus sévères au monde, avec des peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie pour les relations homosexuelles consenties, tandis que « l’homosexualité aggravée » est passible de la peine de mort. La Banque mondiale avait alors décidé de suspendre son aide financière au pays, avant de la reprendre mi-2025.
Au moins 32 des 54 pays d’Afrique ont des lois en vigueur interdisant et punissant les relations entre personnes du même sexe. L’adoption de cette loi au Sénégal intervient dans un contexte marqué par « une montée de l’homophobie et des agressions sur le continent et dans le monde entier », estime Mme Shikongo, de l’ILGA-Afrique. Une dizaine de pays ou territoires africains prévoient des peines allant de 10 ans à la prison à perpétuité, notamment le Soudan, le Kenya, la Tanzanie et la Sierra Leone. La peine de mort est appliquée en Ouganda, en Mauritanie et en Somalie.













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