La guerre en Iran ne se résume pas au programme nucléaire. C’est ce qu’a soutenu le Directeur général du Centre africain d’intelligence stratégique pour la paix (Cis-Paix), chercheur en géopolitique et en gouvernance sécuritaire des États, coordinateur de l’Université pour la Paix des Nations unies (Upeace-Onu) en Afrique francophone, Dr Abdou Latif Aïdara. Il s’exprimait dans un entretien accordé au quotidien Le Soleil.
La guerre en Iran est loin de se limiter uniquement à la question de l’obtention de la bombe nucléaire par ce pays. « Quiconque vous dit que cette crise se résume au programme nucléaire iranien vous raconte, au mieux, une partie de la vérité. Au pire, vous distrait de l’essentiel. Oui, le nucléaire est réel, préoccupant, et mérite d’être pris au sérieux », a indiqué le Dr Abdou Latif Aïdara, chercheur en géopolitique et en gouvernance sécuritaire des États, coordinateur de l’Université pour la Paix des Nations unies (Upeace-Onu) en Afrique francophone.
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En fait, M. Aïdara rappelle que l’Iran a accumulé suffisamment d’uranium enrichi à 60 % pour, selon les évaluations les plus sérieuses, être en mesure de produire un engin nucléaire militaire en quelques semaines si la décision politique était prise.
« Ce n’est pas une fiction. C’est un fait qui change les calculs de tous les acteurs de la région. Mais réduire la confrontation irano-américano-israélienne à cette seule dimension, c’est regarder l’arbre en oubliant la forêt. Ce qui se joue véritablement, c’est la question de qui sera la puissance dominante du Moyen-Orient au XXIe siècle. Et cette bataille-là, elle a commencé bien avant la première centrifuge à Natanz », a-t-il insisté.
En réalité, souligne-t-il, depuis la Révolution islamique de 1979, Téhéran a bâti méthodiquement un projet de puissance régionale. Un «axe de la résistance» qui s’étend du Liban au Yémen en passant par la Syrie, Gaza et l’Irak. Des dizaines de milliers de combattants entraînés, armés, financés.
L’Iran comme « bouclier » de la cause palestinienne
« Une capacité à projeter de l’influence à travers des acteurs non-étatiques que personne n’avait jamais atteinte dans la région. Et en toile de fond, une narration puissante : l’Iran comme bouclier de la cause palestinienne, comme résistance contre l’impérialisme américain et le sionisme », a-t-il soutenu.
Le coordinateur de l’Université pour la Paix des Nations unies (Upeace-Onu) en Afrique francophone signale que le Hezbollah est au nord avec plus de 150 000 missiles. Des milices en Irak. Les Houthis au Yémen. Le Hamas à Gaza. Et au centre, potentiellement, une bombe nucléaire.
« Pour l’État israélien, cette configuration est existentiellement insupportable. Je comprends cette angoisse israélienne. Mais comprendre n’est pas excuser les méthodes ; des frappes de plus en plus directes sur le sol iranien doublées d’une rhétorique de confrontation totale risquent précisément de provoquer ce qu’elles prétendent prévenir », a-t-il renchéri.
Quant aux États-Unis, eux, le géopolitologue relève qu’ils ont des intérêts distincts de ceux d’Israël, même si les deux convergent sur l’Iran.
« Washington veut maintenir une architecture régionale favorable à ses intérêts : libre circulation du pétrole, protection de ses alliés du Golfe, endiguement de toute puissance régionale hostile. Mais depuis 2003 et le désastre irakien, les Américains savent aussi ce qu’une guerre mal conduite au Moyen-Orient peut coûter en vies, en argent et en crédibilité », a-t-il fait savoir.
source/Le Soleil














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