Alors que nous célébrons aujourd’hui la Journée internationale des femmes, force est de constater qu’en Afrique de l’Ouest et du Centre, de nombreuses femmes et filles continuent de se heurter à des obstacles juridiques, institutionnels et sociaux qui limitent leur accès à la justice et à la protection.
Or, derrière chaque femme ou fille privée d’un accès à la justice équitable se trouvent des violences non sanctionnées, des préjudices non réparés et des droits non garantis. Cette réalité ne peut être ignorée et exige une réponse collective urgente.
Du Sahel à l’est de la République démocratique du Congo, en passant par le nord-est du Nigeria, les crises complexes rappellent combien les droits des femmes demeurent fragiles face à l’insécurité et aux déplacements prolongés. Ces situations exposent les femmes à des risques accrus de violences sexuelles, d’exploitation et de traite des personnes. En Afrique subsaharienne, près de la moitié des survivantes identifiées de la traite des personnes sont des filles, tandis que les femmes représentent environ un tiers des cas détectés, principalement dans des situations d’exploitation sexuelle et de travail forcé (UNODC, Global Report on Trafficking in Persons, 2024). De surcroît, l’absence de services adaptés, la capacité limitée des institutions, l’éloignement géographique et les coûts associés aux démarches restreignent fortement et concrètement la possibilité pour les femmes et les filles de faire valoir leurs droits et d’obtenir réparation. Ces réalités fragilisent durablement leurs moyens de subsistance, leur autonomisation économique et les mécanismes de protection au sein des communautés.
Dans notre région, les barrières ne sont pas seulement logistiques et ne disparaissent pas en temps de paix. L’existence de normes sociales profondément ancrées dissuadent encore le signalement des violences au nom de la cohésion familiale ou communautaire et limitent l’exercice effectif des droits. Du statut familial à l’accès à la terre ou à l’héritage, des cadres juridiques restreignent la capacité des femmes à faire valoir leurs droits et à participer pleinement à la vie économique, sociale et politique.
Parallèlement, les reculs observés en matière d’égalité de genre, parfois alimentés par la désinformation et les violences en ligne, rappellent que les avancées en matière de droits humains ne peuvent jamais être tenues pour acquises.
Trente ans après la Déclaration et le Programme d’action de Beijing et la Conférence internationale sur la population et le développement, l’écart persistant entre engagements et financements mobilisés doit être comblé pour garantir des avancées durables. Malgré la progression globale des financements dédiés à l’égalité de genre, sur les 30,9 milliards de dollars US promis pour faire avancer la justice économique et les droits des femmes, seuls 27,4 milliards US ont été obtenus (UN Women, 2024, Generation Equality Accountability Report). Ce déficit fragilise l’accès des femmes à une justice équitable et à des mécanismes de protection efficaces, permettant aux violences et à l’impunité de persister.
Et pourtant, c’est précisément dans ce contexte que le leadership des femmes s’impose comme un levier décisif de transformation vers une justice équitable en Afrique de l’Ouest et du Centre. Médiatrices, défenseuses des droits humains, professionnelles de la justice et leaders communautaires transforment les pratiques, ouvrent l’accès aux espaces décisionnels et font évoluer les normes sociales pour ancrer l’égalité dans les institutions et les communautés.
Nous nous tenons résolument aux côtés des femmes qui conduisent ces changements. Avec nos partenaires, nous renforçons des institutions plus accessibles, consolidons les mécanismes de recours, soutenons les réformes nécessaires à une justice équitable et combattons les pratiques néfastes ainsi que les normes sociales discriminatoires.
Dans une région majoritairement jeune, il ne s’agit pas d’un symbole, mais d’un choix stratégique pour la stabilité et le développement durable. Lorsqu’une survivante est protégée et entendue, lorsqu’une femme exerce pleinement ses droits, lorsqu’une jeune fille se projette sans autocensure dans les métiers de la justice, de la sécurité ou du leadership, lorsqu’une professionnelle de la justice formée agit avec expertise, et lorsque des hommes et des communautés s’engagent pour l’égalité, l’impact est tangible.
C’est pourquoi nous appelons sans plus attendre à une mobilisation accrue de ressources prévisibles et innovantes, à la hauteur des ambitions portées par la justice équitable, afin d’en faire un acquis irréversible pour toutes les femmes et les filles de notre région.
Dr. Maxime HOUINATO ,directeur régional ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre et Dr. Sylvie BERTRAND,représentante régionale Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre












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