Les premiers jours de l’année 2026 auront dissipé les derniers doutes sur l’état réel du sommet de l’État. Entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, l’harmonie affichée lors des cérémonies officielles semble de plus en plus fragile. Derrière les sourires de façade, les discours successifs du Nouvel An ont révélé une divergence de ton qui ne peut plus être ignorée.
Dans son message à la Nation, le chef de l’État a choisi l’apaisement. Annonçant un ambitieux programme d’investissements publics et l’arrivée prochaine de textes majeurs devant l’Assemblée nationale, Bassirou Diomaye Faye a surtout insisté sur une méthode de gouvernance fondée sur l’humilité, l’écoute et la lucidité. La paix, l’unité et l’intégrité territoriale ont été posées comme des lignes infranchissables, dans un contexte social exigeant et une attente citoyenne forte.
Moins de vingt-quatre heures plus tard, le contraste est saisissant. À Passy, lors de la clôture des 72 heures culturelles et sportives, le Premier ministre Ousmane Sonko adopte un ton beaucoup plus dur.
Se disant prêt à s’affranchir de son devoir de réserve, il dénonce la lenteur de la reddition des comptes et la persistance de pratiques héritées des anciens régimes. Une sortie qui tranche nettement avec le registre présidentiel et relance le débat sur la cohérence de l’action gouvernementale.
Pour nombre d’observateurs, cette dissonance dépasse la simple différence de style. Le politologue Malaw Kanté évoque, sur « L’Obs », une « cacophonie au sommet de l’État », symptôme d’une dyarchie de plus en plus assumée.
Dans cette configuration inédite, le centre de gravité du pouvoir devient flou. L’opinion peine à identifier qui fixe réellement le cap et imprime le rythme des réformes.
Le malaise est accentué par les déclarations répétées du député de Pastef, Cheikh Bara Ndiaye, proche du Premier ministre. Ses révélations mettant en cause le Président Bassirou Diomaye Faye, non démenties jusqu’ici, alimentent le doute et fragilisent la solidarité au sein de la majorité. Le silence de la Présidence, qu’il soit stratégique ou contraint, contribue à maintenir une zone d’ombre préjudiciable à la lisibilité de l’action publique.
À l’intérieur de la coalition au pouvoir, les lignes continuent de bouger. La montée en puissance de « Diomaye Président », sous la supervision d’Aminata Touré – contestée par Pastef –, illustre une recomposition politique encore inachevée et des rapports de force loin d’être stabilisés.
Aucun affrontement ouvert n’est, pour l’heure, acté. Mais la discordance de ton, répétée et publique, interroge sur la capacité de l’exécutif à parler d’une seule voix.
Dans un contexte national sensible et sous le regard attentif des partenaires internationaux, le Sénégal ne peut durablement se permettre une gouvernance à deux rythmes. L’exigence citoyenne est claire : au-delà des styles et des postures, la cohérence et la responsabilité doivent primer pour préserver la stabilité et la crédibilité de l’État.








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