Il fut un temps où les partis politiques excluaient leurs frondeurs à coups de commissions de discipline, de lettres recommandées et de conférences de presse. Au Pastef nouveau, la révolution tient désormais dans un geste du pouce : « Retirer du groupe ». Le couperet est numérique, la sanction instantanée, le déshonneur en haute définition.
Hier, on perdait sa carte de parti. Aujourd’hui, on perd surtout le droit de lire les « heures de prière » partagées chaque matin. L’excommunication, version 5G.
Il faut reconnaître une chose : Pastef a inventé une justice expéditive. Plus besoin de convoquer un conseil de discipline ; un administrateur connecté, une connexion stable et hop… direction la salle d’attente de Facebook, où tous les bannis viennent raconter leur passion du débat interne.
Le plus drôle, c’est que le véritable baromètre politique n’est plus le Journal officiel, mais la liste des administrateurs WhatsApp. Être ministre rassure moins qu’être admin. Un DG peut tomber. Un PCA, voire un ministre, peut vaciller, mais l’administrateur, lui, distribue la citoyenneté numérique.
Le paradoxe est savoureux. Ce qui fut l’arme de conquête du pouvoir devient aujourd’hui l’instrument des purges domestiques.
Mais à force de supprimer les contradicteurs, on finit par gouverner une discussion… pas un pays. Car le peuple, lui, n’est pas un contact que l’on retire d’une boucle. Les délestages ne quittent pas le groupe, le chômage ne peut être bloqué, et la vie chère refuse obstinément d’être supprimée pour tout le monde.
En politique, il arrive un moment où le bouton « Retirer du groupe » cesse de fonctionner. Ce jour-là, c’est le groupe qui retire les administrateurs.















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