Le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a récemment exprimé sa volonté d’allonger la durée du congé de maternité. Pour avoir répondu favorablement à la demande des femmes sur l’allongement de ce congé à 18 semaines, et pour la transmission à l’Assemblée nationale du Code du travail et du Code unique de sécurité sociale adoptés par les partenaires sociaux, le chef de l’État marque une étape historique. Si cette annonce est accueillie avec une immense joie par de nombreuses femmes, elle réveille également des craintes profondes. Dans le secteur privé, la protection de la femme salariée enceinte reste un défi majeur, comme en témoignent les nombreux récits de licenciements déguisés et de précarité.
Le soulagement des mères face à la réalité du post-partum
Pour les travailleuses, cette réforme répond à une nécessité physiologique et organisationnelle. Mariama Kouyaté (nom d’emprunt), la trentaine, ne cache pas son enthousiasme : « Je reçois cette nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme parce que la maternité est très pénible et deux mois ne suffisent pas, non seulement pour récupérer, mais non plus pour laisser un petit nourrisson à la maison ou à la crèche afin de reprendre le boulot. En général les mamans tardent à dormir ou ne dorment même pas la nuit parce que les nouveau-nés passent souvent la nuit éveillés ou même en pleurs. »
Quand la grossesse devient un motif de rupture de contrat
Pourtant, derrière l’avancée sociale pointe le risque professionnel. Mariama relate sa propre expérience amère, illustrant la méfiance de certains employeurs : « Beaucoup d’employeurs croient que quand une femme est en congé de maternité cela décélère la cadence de la productivité de l’entreprise. Moi en tout cas, j’en ai fait les frais. »
Alors qu’elle informait son patron de son état, celui-ci a prétexté un voyage imminent pour mettre fin à leur collaboration. « J’ai illico compris qu’il voulait s’épargner de me donner mon congé de maternité payé et le temps m’a donné raison. Par la suite j’ai appris qu’il était toujours au Sénégal à gérer tranquillement son entreprise… Et pourtant moi je continuais de bien faire mon travail, de l’assumer avec rigueur, bien que je ressentais beaucoup de fatigue avec le changement hormonal. »
Un système de licenciement silencieux dénoncé par les féministes
Ce cas est loin d’être isolé. Mame Diarra Faye, mère de trois enfants, témoigne de la répétition de ces abus dans des entreprises pourtant réputées : « À la fin de repos d’accouchement après mes deux premières grossesses, j’ai pas été recontactée par mes bosses. Après ma troisième gestation par contre j’ai été rappelée mais j’ai pas été indemnisée parce que mon contrat de travail n’est toujours pas régularisé depuis 5 ans. » Elle plaide aujourd’hui pour un maintien des deux mois postnatals couplé à une augmentation des heures d’allaitement.
Mame Sira Konaté, activiste féministe, appelle donc à la vigilance : « C’est une bonne nouvelle en espérant que ça ne sera pas un piège pour les femmes parce qu’on a eu écho de plusieurs femmes licenciées suite à la connaissance de leur état de grossesse. Il faut être très regardant et bien encadrer cette loi avant de la promulguer. »
Le rappel à l’ordre des experts en Ressources Humaines
Face à ces dérives, Ahmadou Diagne, spécialiste en Ressources Humaines à l’hôpital Albert Royer, rappelle le cadre légal strict : « Le congé de maternité suspend le contrat de travail, ce qui veut dire que la caisse de sécurité sociale se substitue à l’employeur et s’acquitte des indemnités de couches et de maladie de la femme. »
Selon lui, la prolongation ne devrait avoir aucun impact financier direct pour l’entreprise. « En période de suspension du contrat de travail on ne peut pas prendre une mesure de licenciement. Là où on peut enclencher une réflexion, c’est par rapport à l’organisation et à la continuité du service. »
En cas d’abus, l’expert exhorte les victimes à ne pas rester silencieuses : « Si par manque d’égards l’employeur licencie abusivement la future maman, alors celle-ci doit aller se plaindre auprès de l’inspection du travail. Un rallongement du congé de maternité devrait être accompagné par une loi qui va protéger toutes les femmes enceintes et futures mamans de licenciements abusifs. »














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