L’axe Dakar-Berlin se consolide. Entre coopération économique, soutien à l’industrialisation pharmaceutique et enjeux de la formation professionnelle, l’Allemagne tient à se positionner comme partenaire stratégique du Sénégal. Dans cet entretien, l’ambassadeur d’Allemagne au Sénégal, Kai Baldow, revient sur les grands axes d’une relation qu’il qualifie de « gagnant-gagnant ».
Comment appréciez-vous l’état de la coopération entre le Sénégal et la République fédérale d’Allemagne ?
Je suis fier que l’Allemagne, partenaire de la première heure depuis l’indépendance, entretienne des relations amicales avec Dakar. Le Sénégal est un partenaire clé pour nous, car il est un pôle de stabilité en Afrique de l’Ouest. Notre coopération est dense, diverse et mature.
Les visites de haut niveau en sont la preuve : en février, une délégation de membres du Bundestag (Parlement allemand) s’est entretenue avec des homologues de l’Assemblée nationale. Peu après, le ministre des Forces armées, le général Birame Diop, s’est rendu à la Conférence de Munich sur la sécurité. Nous souhaitons poursuivre ces rencontres de haut niveau.
Notre coopération met l’accent sur la prospérité économique durable du pays et cible au bout du compte les perspectives des jeunes. Nous soutenons de nombreux projets, par exemple dans les domaines de la formation professionnelle, de l’énergie renouvelable, de la digitalisation, de l’administration ou de l’industrialisation dans le secteur pharmaceutique.
Un véritable partenariat gagnant-gagnant, pour nous, c’est que chaque acteur fasse valoir ces compétences dans un intérêt commun et en tire un avantage.
Quels sont les grands axes de la feuille de route diplomatique entre Berlin et Dakar ?
Le monde est en désordre. Dakar et Berlin partagent la même conviction : un ordre international basé sur les règles du droit international. Nous voyons actuellement en Iran et au Proche-Orient que le droit international et le système multilatéral subissent des pressions majeures.
Les États-Unis et Israël ont opté pour la force armée. L’Allemagne ne participe pas aux attaques. Mais il faut constater que le régime iranien terrorise depuis longtemps les États de la région et au-delà sa propre population en violation flagrante du droit international.
Ensemble, nos pays peuvent contribuer de manière significative à renforcer la diplomatie et à construire un multilatéralisme efficace. Nous sommes unis par la volonté de réformer les Nations unies, pour que l’Onu reflète les réalités d’aujourd’hui en prenant en compte les intérêts africains, qui sont légitimes.
Le chancelier fédéral, Friedrich Merz, a réaffirmé que l’Allemagne souhaite que l’Afrique dispose de deux sièges permanents au Conseil de sécurité. Pour défendre nos intérêts communs – Respect, Paix et Justice – au sein dudit Conseil, nous portons une candidature à un siège non permanent à partir de 2027.
Comment appréciez-vous la présence des fondations allemandes dans notre pays ?
Les fondations politiques constituent un modèle unique qui reflète la diversité démocratique. Les cinq fondations présentes au Sénégal créent des ponts entre nos sociétés civiles.
Des programmes de leadership s’adressent aux jeunes. D’autres projets visent à renforcer la résilience dans les régions frontalières, un engagement contre la désinformation ou bien le dialogue interreligieux. Ce n’est jamais un sens unique. Nous avons beaucoup à apprendre l’un de l’autre.
Quels sont les secteurs qui sont les plus prometteurs pour les investisseurs de la zone euro ?
Le Sénégal suscite un intérêt croissant auprès des entreprises allemandes. Il s’agit désormais de transformer cet intérêt en des partenariats concrets avec des perspectives d’emploi de qualité.
L’initiative « Invest for jobs » facilite la mise en réseau d’acteurs publics et privés. Déjà, des entreprises allemandes se sont lancées, en coopération avec leurs partenaires sénégalais, dans des projets comme le développement d’un parc industriel à Diourbel, l’électrification ou des chambres froides en milieu rural afin d’éviter la perte d’une partie importante de la récolte.
Je salue l’initiative du gouvernement sénégalais de réformer le cadre législatif de plusieurs domaines clés : impôts, douanes, travail. Nos entrepreneurs observent également la situation macroéconomique.
Le gouvernement sénégalais entreprend des efforts considérables pour résoudre le problème de la dette avec les forces propres au pays. C’est remarquable. En même temps, je suis convaincu qu’un nouveau programme avec le Fmi améliorerait de manière durable la situation budgétaire du pays.
L’Allemagne est citée en exemple pour son système de formation professionnelle. Comment adapter ce modèle pour répondre à la problématique de l’employabilité des jeunes au Sénégal ?
Le Sénégal dispose d’une main-d’œuvre croissante et jeune pour porter son développement économique. Pour que la prospérité devienne réalité, il est important que cette main-d’œuvre soit la mieux qualifiée possible.
En Allemagne, le système de formation en alternance a fait ses preuves : les jeunes apprennent un métier pratique dans des entreprises et acquièrent en parallèle les bases théoriques dans des écoles professionnelles.
Ensemble avec la « Team Europe », nous soutenons « FIT ! Sénégal », une initiative qui renforce la coopération entre l’enseignement public et les entreprises privées. Nous collaborons également depuis longtemps avec le Sénégal pour l’accompagner à mieux adapter son propre système de formation professionnelle aux besoins de l’économie locale.
De nouvelles écoles professionnelles vont voir le jour et un système en alternance rendra la formation professionnelle plus attrayante.
Les délais d’obtention de rendez-vous pour les visas préoccupent des étudiants et entrepreneurs sénégalais. Des mesures sont-elles en vue pour fluidifier ce processus ?
Vous adressez un thème qui me tient à cœur. Nous travaillons sans relâche pour rendre la procédure de demande de visa aussi efficace que possible.
Dans le domaine des visas de longue durée, par exemple pour les étudiants et les travailleurs qualifiés, nous avons mis en place une plateforme numérique : « Auslandsportal ».
Pour les visas de courte durée (Schengen), particulièrement importants pour les voyageurs d’affaires, nous avons mis en place une liste d’attente gratuite. Les rendez-vous sont attribués de manière transparente et équitable, suivant l’ordre d’inscription.
Il est à noter que nous sommes confrontés à une forte demande. Nous avons déjà renforcé notre équipe, mais pour l’instant, nous ne pouvons pas empêcher des délais d’attente plus longs.
Actuellement, les voyageurs d’affaires doivent par exemple attendre environ 4 mois pour obtenir un rendez-vous. Nous recommandons donc de s’inscrire dès que le voyage est planifié.
Nous ferons tout pour raccourcir ces délais. Les demandeurs peuvent également contribuer à améliorer la situation : les demandes complètes peuvent être traitées plus rapidement que les demandes incomplètes. Notre site web fournit des informations détaillées à prendre en compte lors du dépôt d’une demande.
Comment l’Allemagne perçoit-elle le rôle du Sénégal comme pôle de stabilité dans la sous-région ?
Le Sénégal joue un rôle stabilisateur essentiel par son engagement et son professionnalisme diplomatique. Nous saluons notamment qu’il assume la présidence de la Commission de la Cedeao cette année et les efforts récents menés à Bissau.
Les défis sont énormes. Nous souhaitons accompagner le Sénégal le mieux possible pour renforcer la sécurité, la stabilité et la coordination dans la sous-région.
Nous contribuons à des projets visant à endiguer les ramifications du terrorisme étranger. Depuis de nombreuses années, nos forces armées coopèrent dans la formation.
D’ailleurs, l’année dernière, le Sénégal a intégré au « Integrated Border Stability Mechanism (Ibsm) » : cette initiative, financée de manière significative par l’Allemagne et d’autres partenaires, est destinée à améliorer la coopération transfrontalière en Afrique de l’Ouest afin que les populations puissent vivre en paix et en sécurité.
Au sein de la « Team Europe », nous nous engageons également dans d’autres projets tangibles. Je suis convaincu que quand ça va bien ici, c’est bien pour nous ; quand ça va mal, nous le ressentons aussi.
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