Pendant le mois de Ramadan, les femmes en période de menstrues sont dispensées de jeûne. Autorisée par la religion, cette pause n’en reste pas moins chargée d’émotions.
Zahra Dahmane confie ressentir avant tout de la frustration. « Je suis super dégoûtée parce que j’aurais souhaité ne pas avoir mes règles pendant le Ramadan, ou alors ni au début ni surtout vers la fin, par peur de rater les dix dernières nuits », explique-t-elle. Le ressenti est le même chez Deguene Ba. L’expérience est marquée par un sentiment de malaise. « Je me sens très mal à l’aise lorsque je ne peux pas jeûner à cause de mes règles. Je ressens surtout de la culpabilité », confie-t-elle. Cette gêne la pousse à adopter une grande discrétion.
« Je suis partagée entre deux sentiments. Parfois je suis soulagée, surtout lorsque j’ai des règles douloureuses. Mais parfois aussi je suis dégoûtée parce que je me dis que j’aurais pu jeûner, d’autant plus que je ne mange pratiquement pas même quand j’ai mes règles », explique Adama Gassama. Pour Abibatou Fall, le Ramadan est très important et ses règles ne sont pas toujours les bienvenues en ce mois.
« Lorsque je ne jeûne pas à cause de mes règles, au début je ressens du dégoût. Les deux premiers jours, je mange très peu parce que c’est difficile à accepter », raconte-t-elle avec amertume. Elle évoque également une certaine gêne, même si elle sait que cette situation est naturelle. « Après quelques jours, ça va mieux. Je me dis que c’est normal et je finis par l’accepter », se résigne-t-elle.
Moment de diète
L’arrivée des menstrues en période de Ramadan n’est pas différente des autres jours pour Zahra. Cette dernière avoue continuer à observer une certaine retenue : elle ne mange presque pas et se contente parfois de goûter les plats qu’elle prépare pour le « kheud ». « Quand il fait très chaud, je me permets juste de boire un peu », ajoute-t-elle. Deguene Ba préfère aussi s’abstenir de manger. « Je reste très discrète, limite je ne m’alimente pas », dit-elle.
Pour Adama Gassama, tout est une question de contexte social. « Si je suis entourée de personnes que j’aime et avec qui je me sens bien, je mange ouvertement. Par contre, si je suis avec des inconnus ou des personnes avec qui je n’ai pas beaucoup d’affinités, je mange discrètement ou pas du tout », confie-t-elle. Abibatou Fall est aussi pour la discrétion. Celle qui vit seule affirme manger chez elle et ne s’expose pas en public.
Garder une connexion spirituelle
Si les règles dispensent les femmes de prier, Zahra n’en demeure pas moins connectée à ce mois béni. La mère de famille privilégie l’écoute de prêches et de podcasts religieux, ainsi que la lecture du Coran. Le constat est le même du côté de Deguene Ba. Malgré l’interruption du jeûne, elle tente, comme Zahra, de maintenir une pratique spirituelle en continuant à faire du dhikr et à lire le Coran sur son téléphone.
Adama Gassama veille également à maintenir une pratique spirituelle active. « Je fais beaucoup de zikr, je lis des hadiths, j’écoute les sourates que j’aime et, si je peux donner l’aumône, je le fais aussi », renchérit-elle. Abibatou Fall tente aussi de préserver sa relation spirituelle pendant cette période. Même si elle ne peut pas prier ni jeûner, la jeune fille continue à faire du dhikr et à lire le Coran sur son téléphone. « J’essaie de garder une connexion spirituelle malgré tout, même si parfois je ressens une baisse de foi pendant cette période », reconnaît-elle.
PAR LE SOLEIL













Laisser une Réponse