La flambée des prix de l’énergie provoquée par le conflit au Moyen-Orient a considérablement renforcé le dollar face aux autres monnaies, au risque, paradoxalement, de contrarier les objectifs économiques de Donald Trump.
– Le dollar, roi du pétrole –
Dès le début du conflit, il y a bientôt deux semaines, les investisseurs ont massivement vendu leurs actifs pour se tourner vers l’énergie en prévision d’une crise d’approvisionnement, et vers le dollar, devise dans laquelle sont libellés le pétrole et nombre de produits énergétiques.
Les attaques sur les infrastructures du Golfe et le blocage du stratégique détroit d’Ormuz ont ensuite fait monter de plus d’un tiers le prix du baril de Brent, la référence mondiale du brut, qui se négocie désormais autour des 100 dollars.
Davantage de dollars étant nécessaires pour acheter ces matières premières, le billet vert s’est apprécié d’environ 2,5% depuis le début des hostilités, d’après le Dollar Index, qui compare la monnaie américaine à un panier de grandes devises.
Particulièrement liquide (c’est-à-dire rapidement disponible et échangeable), la devise reste aussi une valeur refuge de premier plan, privilégiée dans les échanges internationaux et les réserves de change des banques centrales.
– Les Etats-Unis épargnés –
Premier producteur de pétrole au monde, les États-Unis n’achètent dans le Golfe qu’environ 8% de leurs importations de brut, contre près des deux tiers en provenance du Canada, selon les derniers chiffres de l’Agence américaine d’information sur l’énergie, publiés en décembre 2025.
Ils sont donc épargnés par la crise d’approvisionnement qui secoue la région.
Le pays étant également un exportateur net de produits pétroliers raffinés et de gaz, la hausse des prix de l’or noir a tendance à renforcer sa monnaie, alors qu’elle pesait autrefois sur la balance commerciale américaine, à une époque où le pays importait davantage de pétrole.
Dans le même temps, les économies européennes et asiatiques souffrent davantage de cette crise, ce qui rend leurs devises et leurs obligations comparativement moins attractives.
– Des risques sur l’inflation –
Avec la flambée des prix de l’énergie, le risque d’un regain d’inflation s’accentue aux États-Unis. Le marché estime dès lors que la Réserve fédérale (Fed) pourrait ralentir le rythme de ses baisses de taux, voire envisager de relever à nouveau son taux directeur.
Or, des taux d’intérêts élevés renforcent l’attrait pour la devise américaine, au détriment de l’or, autre valeur refuge traditionnelle, qui lui ne rapporte aucun rendement.
Le billet vert n’a toutefois pas encore retrouvé ses niveaux d’avant le second mandat de Donald Trump. Il reste pénalisé par les inquiétudes sur l’impact des droits de douane sur l’économie américaine, mais aussi par les craintes autour de la dette américaine et les pressions sur l’indépendance de ses institutions.
« La prolongation du conflit pourrait diminuer l’attrait » pour le billet vert, explique à l’AFP Kathleen Brooks, analyste pour XTB. Selon elle, le « déficit budgétaire considérable » des Etats-Unis risque « de s’aggraver avec la guerre » et l’augmentation des dépenses militaires.
– Un paradoxe pour Trump –
L’évolution des marchés depuis le début du conflit va à l’encontre des objectifs initialement affichés par le président américain.
Donald Trump s’était en effet engagé à faire baisser les prix à la pompe et estimait encore récemment qu’un dollar faible soutient les exportations.
Interrogé fin janvier sur la trajectoire baissière de sa devise nationale, le président américain l’avait finalement trouvée « formidable », estimant que « le dollar se porte très bien ».
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, avait assuré dans la foulée que Washington menait « une politique en faveur d’un dollar fort ».
« La position de l’administration sur le dollar est confuse, embrouillée et incohérente », estime Mark Sobel, ancien haut responsable au Trésor américain, interrogé par l’AFP.
Dans tous les cas, « la priorité » de l’administration américaine « d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ou de missiles semble primer sur l’impact à court terme sur le marché des changes », considère Marc Chandler, analyste Forex pour Bannockburn Capital Markets.













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