La reprise de West African Energy (WAE) par la Senelec marque moins une victoire de la souveraineté énergétique qu’un aveu d’échec retentissant du local content tel qu’il a été conçu et défendu ces dernières années.
Présenté comme un fleuron du capitalisme national, WAE devait symboliser la capacité des investisseurs sénégalais à porter seuls un actif stratégique. Dans les faits, le projet s’est enlisé dans un montage fragile et une gouvernance conflictuelle.
Le capital de WAE était détenu majoritairement par des actionnaires privés sénégalais, au premier rang desquels figuraient Abdoulaye Dia, Moustapha Ndiaye, Harouna Dia et Khadim Ba, entourés d’autres investisseurs introduits au nom de la promotion du contenu local.
Ces actionnaires, bien que formellement propriétaires, ne disposaient ni des capacités financières suffisantes ni de l’assise technologique nécessaire pour soutenir durablement un projet de cette envergure. Le financement reposait largement sur l’endettement, les garanties souveraines et les engagements contractuels de l’État via la Senelec.
Ils avaient réussi à en faire un fleuron. Mais depuis l’arrivée de Diomaye-Sonko, l’éviction de Samuel Sarr, figure centrale du projet, a fait éclater au grand jour les tensions internes et les limites du modèle. Ce départ a déclenché un remue-ménage révélateur : conflits d’intérêts, divergences stratégiques, incapacité à mobiliser de nouveaux capitaux et perte progressive de crédibilité auprès des partenaires financiers.
Dès lors, WAE n’était plus qu’un actif sous perfusion, maintenu artificiellement en vie. C’est dans ce contexte que le nouveau régime a décidé de reprendre WAE via la Senelec, en invoquant le droit de préemption. Les actionnaires sortants — Abdoulaye Dia, Moustapha Ndiaye, Harouna Dia et consorts — seront remboursés de leur mise initiale, assortie d’une rémunération équivalente à la moitié de la mise.
Une sortie confortable, qui interroge : où est le risque entrepreneurial tant vanté par les apôtres du contenu local ? Ce choix est d’autant plus discutable qu’une alternative existait.
Un investisseur américain, présenté comme proche de Donald Trump, s’était positionné pour injecter plusieurs milliards de dollars, avec l’ambition de reprendre également Cosmos Energy afin de structurer une gestion intégrée et industrielle de l’énergie sénégalaise. Une offre lourde de capitaux, de technologie et de perspectives d’expansion, à un moment où le pays s’apprête à entrer dans l’ère du gaz et du pétrole.
Le nouveau régime a pourtant opposé un refus, au nom d’un souverainisme économique rigide, presque doctrinal. Un souverainisme paradoxal, car exercé non pas par un État financièrement puissant, mais par une Senelec structurellement fragile, lourdement endettée et déjà sous pression.
En croyant protéger l’intérêt national, le pouvoir prend le risque de transformer la souveraineté en isolement et l’ambition en immobilisme.
Dans une conjoncture économique tendue, où les besoins en énergie sont colossaux et où la compétition mondiale est féroce, ce choix apparaît non seulement idéologique, mais dangereusement déconnecté des réalités.
Le local content qui faisait saliver tant d’acteurs s’achève ici en naufrage : des actionnaires locaux indemnisés, un actif renationalisé faute de mieux, et une opportunité stratégique manquée.
Le Sénégal n’a pas perdu sa souveraineté avec WAE ; il a perdu du temps. Et dans le secteur de l’énergie, le temps est souvent plus coûteux que le capital.










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